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8 août 2014 5 08 /08 /août /2014 18:55

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/14/06/05/09/47/324245.jpgLuc Besson. Vaste sujet. Petit prodige des années 80’s (il réalise son premier long à 24 ans), autodidacte souvent décrié par la critique à ses débuts (injustement à mon goût), il a su pendant les 15 premières années de sa carrière fonder une filmo solide et maintenant culte ; « Nikita », « Léon », « Le cinquième élément »… Puis viennent les années 2000 où il fonde EuropaCorp et devient producteur après s’être brouiller avec Gaumont. Depuis, ses quelques réalisations ont largement déçus (je ne parle pas ici de ses productions car le débat est large). Pourtant, depuis le début de sa carrière, il l’avait dit ; il ne réalisera pas plus de 10 films, et en 2006 il confirmait que son « Arthur » serait sa dernière livraison… Puis non. En soit s’il s’en était tenu à cette promesse, sa filmo aurait été cohérente, hormis le semi faux pas de « Angel-A ». Mais voilà, il ne convainc plus, son style s’efface derrière des gimmick d’écriture énervants, la sauce ne prend plus. Ce « Lucy » marque son retour au blockbuster d’ambition internationale, et malgré les mauvais présages d’une BA tapageuse, on a envie d’y croire. Ce sera le renouveau du bonhomme qui viendra excuser 15 années de disettes. La clé de voute de son cinéma. Son film somme. Sa Master piece.

 

Et puis on voit le film.

Et on sort avec une sérieuse envie de tout bruler.

 

Explications.

 

Le film part sur le principe que nous n’utilisons que 10% des capacités de notre cerveau. De l’aveu même de Besson (qui l’a sûrement découvert trop tard) ce principe est scientifiquement infondé (ou, en tout cas, vulgarise des concepts complexes). Bon vous me direz on en a rien à faire. On vient voir un Besson, on s’attend à ce qu’on va voir, on ne va pas avoir droit à un cours de métaphysique. Mais en fait si. Le film commence donc à la préhistoire (oui vous avez bien lu) et s’autorise une intro laborieuse d’une bonne demi-heure (sur 1h30 de film) avec un cours de Morgan Freeman essayant de justifier tout ce qui va se passer par la suite. C’est assez pompeux (en plus d’être bourré d’invraisemblances vu que le principe est faux encore une fois) et monté maladroitement en parallèle du rapt de Scarlett Johansson. Même cette scène d’action sonne faux, le style de Besson n’étant même pas au rendez-vous. Accélérés kitch, ralentis faciles, non maîtrise de rythme, le film ne pouvait pas plus mal commencer. Et pourtant vous venez d’assister à la meilleure partie.

 

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/14/07/25/14/20/004455.jpg

 

La mise en place étant faite, on se dit que le film va pouvoir (enfin) rentrer dans sa partie efficace. Il ne reste plus qu’une heure après tout. Lucy voit donc ses capacités multipliées, et on se dit que les possibilités du film aussi. Mais c’est le contraire, le film part en roue libre, les arcs narratifs tombant petit à petit. C’est simple, arrivé à Paris au milieu du film les enjeux sont si maigres qu’on se dit que finalement ça va être dur de tenir 1h30. On voit bien que c’est le côté science-fiction qui intéresse Besson, il faut donc admettre que la possibilité d’utiliser son cerveau à plus de 20% vous confère des pouvoirs surnaturels. Soit. Ainsi vous pouvez vous connecter à tous les réseaux de la planète, faire de la lévitation, et tous les délires sont possibles. Plus le film avance plus ça devient n’importe quoi (le pourcentage qui s’affiche durant le film se transforme en jauge de WTF), et on assiste, incrédule, à des mutations de tous genre (jolis SFX au passage, c’est au moins ça), à des voyages dans le temps, on voit même des dinosaures…On a le frisson de la honte qui nous parcourt l'échine. Honte pour Besson. Honte pour les acteurs qui font ce qu'ils peuvent ; Johansson qui tente de jouer l'injouable, Freeman de nous expliquer l'inexplicable et Min-sik Choi toujours aussi flippant et charismatique, ils sauvent quand même les meubles.

 

http://fr.web.img5.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/14/07/25/14/20/026020.jpg

 

Le thème de l’utilisation complète de nos capacités, malgré ce que dit Besson, n’est pas originale et a déjà été traité au cinéma, de manière plus intelligente et intelligible. On pense à « Phénomène » de Jon Turteltaub en 1996 (très beau film que j'avais adoré enfant), ou plus récemment à « Limitless » de Neil Burger en 2011. Ces 2 films, sans prétention, traitaient le sujet avec plus de tact et de classe que ce « Lucy » toujours prétentieux et jamais humble dans son traitement. Cette « Lucy » a des capacités de folie, mais à côté de ça c’est une vraie conne (désolé) ; [SPOILER] elle tire sur un chauffeur de taxi au prétexte qu’il ne parle pas anglais, elle se ballade flingue à la main dans un hôpital (sans que personne ne lui dise quoique ce soit), elle prend en otage une salle de chirurgie en achevant un patient mais quand elle peut enfin éliminer le big-boss-qui-est-très-très-méchant-et-qui-massacre-des-gens-dans-des-salles-de-bain qu’est-ce qu’elle fait ? Elle lui plante des couteaux dans les mains (elle est très fâchée) mais en le laissant vivant pour qu'il puisse ensuite revenir tenter de la tuer… Non mais stop !! [Fin de SPOILER] Tout devient ridicule si bien que le film se transforme en corvée. Les maigres scènes d’actions, qui auraient pu rattraper le film, sont bâclées ; bastons gentillettes, courses-poursuites partiellement en SFX (avec de nombreuses voitures modélisées, même plus de vraies poursuites complètes…), et gunfights kitchs… Le film finit en sommet de n’importe quoi, avec morale sur la vie et le temps qui passe. Rien que ça. Et cette phrase qui clôture le film comme un mauvais clifangher « Life was given to us a billion years ago. Now you know what you can do with it ». Et bien surement ne pas perdre mon temps devant des films comme ça.

 

Besson pouvait encore sauver sa peau. Il signe ici son plus mauvais film. L’ambition de son script se transforme en prétention honteuse, il se prend d’un coup pour le Kubrick de « 2001 » mais ne se rend pas compte (ou pire il s’en rend compte) qu’il brasse du vent. Il livre un film de pseudo « Science-fiction » avec de la science fallacieuse et de la mauvaise fiction. Il bâcle au passage toutes ses scènes d’actions, son style s’efface totalement trop concentré à donner une leçon de morale sur la Vie. Oui mais il faudrait d’abord éviter de prendre des gens pour des cons et tenter d’utiliser au moins 10% de cerveau pour écrire un peu mieux… Ce film, comme son héroïne, s’effondre sur lui-même, perd toute identité. Luc je t’ai défendu souvent et continue à kiffer ton début de carrière. Mais là c’est inexcusable.

 

 

Film vu en VOST, Pathé Boulogne, Salle 3

Fiche Allocine

Fiche IMDB

 

 


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Published by cineguitt - dans Avis
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commentaires

Etienne 10/08/2014 15:31

Hello,
perso, autant j'ai trouvé Adèle Blanc Sec comme étant le plus gros navet qu'il ait réalisé, autant Lucy ça va, c'est divertissant. J'avoue, c'est un mix improbable entre...ch'ai pas, 2001 et Taxi
(?!), mais ça m'a fait marrer du coup. Ca se laisse voir et puis, l'air de rien, j'ai trouvé qu'il y avait quelques fulgurances par moment (mais aussi des fautes graves comme le dino en vieille 3D
à la fin, fatal...).
Ca reste dispensable après, c'est sûr, et on est à mille lieux de la puissance d'un Léon.

Ca reste mieux qu'un Adèle Blanc Sec en tous cas, je sais pas si tu l'as vu lui ? Une vraie plaie.

RadEd7020 10/08/2014 12:32

Pas vu. Mais quel défouloir cette critique!!!
Même Michael Bay n'a pas eu droit à ça il me semble.
Nikita, Leon, Jeanne (d'Arc), Angel-A, Arthur, Lucy, apparemment les prénoms ne lui réussissent plus...

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