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5 janvier 2016 2 05 /01 /janvier /2016 22:02
Les 8 salopards ****

Demain sort le nouveau film de Tarantino, et comme à chaque fois c'est un événement en soit. 8ème livraison du maître en 25 ans de carrière ("seulement" en fait!), ce film tant attendu a failli ne jamais sortir car son destin est déjà tarantinesque ; le premier script du film, volé et mis en ligne par de vilains renégats, fût abandonné par Tarantino qui boda dans son coin avant de finalement reprendre le script (qui s'avérait être au départ, de son aveu lors de l'avant première parisienne, la suite de Django). Puis une fois en boîte le film terminé et prêt à affronter Star Wars, le film a été piraté (comme tous les "Oscarisables") et mis en ligne début décembre. En HD, tout ça tout ça... Bref, une sortie chaotique, sans compter l'avant-première publique parisienne annulée à cause des attentats de novembre, transformée en avant-première Presse et sur invitations limitées.

C'est justement à cette avant-première que j'ai eu la chance d'assister, et elle a été faites dans le respect total des conditions de projo imposées par Tarantino ; le film a été tourné en 70mm (un réel exploit technique) et était donc projeté en dans ce format (il n'existe qu'une dizaine de copies dans le monde), avec entracte aux 2/3, 8 minutes exclusives à cette copie etc. comme les "Road-show" de l'époque aux US. Je conseille donc à tout le monde de le voir projeté en 70mm, seule une salle le propose en France, le Gaumont Marignan.

Les 8 salopards ****

Soyons clair ; ce film est le plus "Tarantino" des films de Tarantino. Pour ma plus grande joie, mais pas pour ceux qui l'ont découvert sur ces derniers "Inglorious Basterds" (son moins bon selon moi) ou "Django Unchained" (magnifique mais plus mainstream). Son film, comme un bilan de carrière à mi-parcours, est son film somme où il convoque ses acteurs fétiches (Samuel L. Jackson, Tim Roth, Kurt Russel, Micheal Madsen...) et ses gimmicks cultes. On y retrouvera tout un tas de références à ses films passés (les longs dialogues, l'enquête pour trouver la taupe de "Reservoir Dogs", les astuces de montage de "Pulp fiction" etc.) mais comme d'habitude aux films qu'il adule, ici il puise dans les références des Western des 70's avec brio et s'inspire aussi de références plus inattendues (on pense parfois aux "10 petits nègres").

 

Mais là où il n'était pas attendu, c'était sur un genre quasi théâtral (il avait d'ailleurs parlé d'en faire une pièce avant de relancer le projet de film) : le film est pour les 3/4 un huis-clos dans une seule et même pièce ! Ce qui donne bien 2h de dialogues en continu, sans une scène "d'action" pure. Impressionnant de maitrise (même si dans l'excès il laisse quelques longueurs), sa mise en scène est somptueuse, surtout dans la gestion de l'espace et la direction d'acteurs, toutes 2 parfaites. Il mêle duels de regards sur-découpés et plans-séquences parfaits, il créé une atmosphère, prend le temps de placer ses pièces sur son échiquier cinématographique. Et puis c'est le déluge. Sa découpe 2 tiers / 1 tiers (comme projeté en 70mm) prend toute sa dimension avec le film lui-même ; la dernière partie est un pur délire de gunfights, sang, coups bas... Bref c'est ultra-violent et jouissif comme on a l'habitude chez Tarantino.

 

Avant première en présence de l'équipe - Grand Rex le 11/12/2015

Avant première en présence de l'équipe - Grand Rex le 11/12/2015

Sa désinvolture méta est hilarante aussi ; il nous sort un "c'est vrai qu'on plus le droit de dire Négro" dans la bouche d'un personnage comme une réponse à la polémique débile lancée par Spike Lee au moment de Django ; il cogne sa seule actrice à l'excès pour encore se faire insulter pour sa pseudo-misogynie alors que c'est elle la plus attachante. Bref il n'hésite pas à crisper, comme un gros doigt d'honneur à tout ça.

 

Le film en est tellement jusqu'au-boutiste que personne n'est épargné ; ici pas de héros, que des salauds. Du coup le curseur de l'empathie est impossible à fixer tant la galerie est horrible. Son film est au final d'un nihilisme fou, comme un constat amer sur l'humain en général, l'Américain en particulier.

 

Le cru 2016 Tarantino va bousculer et alimenter le débat, comme souvent. En tant que film somme du cinéaste, les qualités mises en avant par certains seront les défauts mis en avant par d'autres ; jusqu'au-boutiste, excessif (même dans certaines longueurs), le film est en revanche toujours généreux. Du vrai bon ciné, découpé, magistralement dialogué, mais 3h10 en (quasi) huis-clos déstabilisera. Pour moi ça a été un grand moment.

 

Je vous aurais prévenu. Tarantino est un salopard.

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Published by cineguitt
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