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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 13:25

http://fr.web.img6.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/14/03/10/10/26/014107.jpgSpike Jonze ; petit génie de la réalisation de pubs et de clips (je conseille, pour ceux qui ne connaissent pas, les DVDs « The work of director… » qui compilent le travail de certains grands réals de clips) mais qui se fait rare au cinéma. Depuis son premier film « Dans la peau de John Malkovich », 15 ans se sont écoulés et 2 films seulement se sont ajoutés au compteur du (plus si) jeune prodige. Il revient en force cette année avec un film à l’affiche prometteuse ; Joaquin Phoenix et Scarlett Johansson. Comme d’habitude le pitch à de quoi surprendre ; un homme tombe amoureux d’une IA, joué du coup par Scarlett qu’on ne verra donc pas du film… Osé.

 

Le film se pose dans un (léger) registre SF en proposant un récit dans un futur proche qui est clairement une allégorie de notre système moderne ; connecté et froid. L’individualisme est porté à son paroxysme quand sort le dernier OS que tout le monde va adopter ; sorte de « SIRI » à la voix suave, cette intelligence artificielle va vite faire palpiter le cœur de notre héros solitaire qui va alors tomber littéralement amoureux de cette entité virtuelle. Nombreux films se sont penchés sur le concept même de notre relation avec une IA, quelle qu’elle soit ; souvent en la vampirisant version Skynet de « Terminator » ou « Matrix », rarement en se penchant sur l’ambiguïté qu’elle apporte dans nos relations avec elle (peut-être l’oubliable « AI » de Spielberg ? ou le pas beaucoup mieux « S1mone » de Niccol ?). Ici c’est le cœur même du film qui nous renvoie sans arrêt vers notre propre expérience et notre relation à la technologie ; de l’utilisation quasi machinale de nos smartphones (auquels nous pouvons désormais parler) aux relations virtuelles de nos réseaux sociaux, comment définir les relations humaines ? Le film pose la question mais jamais ne jugera son protagoniste. Mieux, il arrive même à nous faire croire à cet impossible amour pourtant atypique et profondément virtuelle. C’est bien là d’ailleurs la réussite même du film ; rendre tout cela crédible et faire rentrer le spectateur dans l’histoire en lui demandant de projeter lui-même ses fantasmes sur cette entité sans corps ; une scène pousse le concept jusqu’au bout en plongeant la salle dans le noir total, juste guidée par les voix de ses protagonistes. C’est troublant car on est complètement absorbé, grâce notamment aux prestations inouïes des 2 acteurs ; Scarlett Johansson nous absorbe littéralement par sa voix, et livre là une prestation impressionnante car pas facile pour une actrice trop souvent utilisée pour sa plastique. Stupéfiant. En revanche, je me pose quand même la question si le film n’aurait justement pas gagné à prendre une voix « inconnue » pour permettre au spectateur de projeter ses propres images sur cette voix mystérieuse.

 

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/14/01/23/17/34/536599.jpg

 

Absorbé par cette histoire d’amour, le spectateur perd peu à peu pied et commence à oublier l’ineptie de la relation ; [SPOILER] puis d’un coup tout s’arrête brutalement, jetant à la face de notre protagoniste (et, par extension, du spectateur) la vacuité totale de cette romance. On prend alors du recul avec lui en se rendant compte à quel point cela l’a coupé (lui et d’autres) du monde, du vrai, des gens, de leur qualités et de leurs défauts aussi. De l’humain, du vrai, quoi. [FIN DU SPOILER] Pour ceux qui ne connaissent pas encore ; si vous êtes intéressé par la réflexion sur nos relations avec la technologie, je vous conseille la meilleure série SF de ces dernières années « Black mirror » (série UK, 2 saisons de 3 épisodes).

 

Les images sont magnifiques, Jonze ayant fait le choix osé de couleurs pastel pour peindre son monde futuriste, d’habitude plus mis en image avec des couleurs vives et fluos. Cela appuie encore plus le côté réel du film, et accentue le trouble autour de son concept. Dommage que le film s’essouffle un peu en tirant sur la longueur, et bégayant parfois. En 1h30 le film aurait dit la même chose et aurait gagné en efficacité.

 

Un film touchant, jamais moralisateur, sidérant dans son propos et tellement juste quand il parle de l'humain. Un film qui a du coeur. Un double coeur Pentium 4 même ; un peu lent mais on lui pardonne.

 

Film vu en VOST numérique, Pathé Boulogne

Fiche Allocine

Fiche IMDB

 

 

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Published by cineguitt - dans Avis
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