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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 18:30

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« De rouille et d’os ». Déjà le titre de film dégage un souffle poétique rare. De « Regarde les hommes tomber » à « De battre mon cœur s’est arrêté » Jacques Audiard a toujours choisi des titres à l’image de son cinéma ; minutieux et poétique, plein de sens. L’homme, qui en quelques films a su se faire un prénom derrière le (lourd) héritage de son père Michel, est sûrement le réalisateur le plus complexe et le plus talentueux du cinéma français actuel.

Après le carton critique et la pluie de récompenses de « Un prophète », il est désormais aussi l’un des plus attendus.

 

Et étrangement (le gaillard étant plus habitué à nous livrer du polar sombre), c’est un mélodrame qu’il nous propose ici. En apparence tout du moins. Car son film, comme pour le reste de sa filmographie d’ailleurs, est un patchwork d’une multitude d’histoires imbriquées les unes entres elles et qui brasse de (trop ?) nombreux thèmes. Finalement le sujet du film n’est pas tant le handicap que le Corps en lui-même ; ou comment une femme, à qui tout souriait et maintenant au corps injustement maltraité, va reprendre goût en la vie grâce à un homme franchement paumé qui maltraite sciemment le sien. Grâce à sa simplicité et son non apitoiement, il va la pousser à se relever. Et vice-versa. Une sorte de « Intouchables » (toute analogie s’arrêtant là) version drame, avec un traitement de l’handicap sans se morfondre, et un duo, improbable sur le papier, qui va s’émuler et se faire grandir mutuellement.

 

Se superpose à tout ça un environnement social dur (cher à Audiard) et des questions existentielles complexes ; finalement est-ce qu’il faut qu’un drame vienne bouleverser notre vie pour que nous commencions à la vivre pleinement ? Le film déborde d’intelligence et de questionnements que chacun interprétera comme il le ressentira. Le problème c’est qu’à trop vouloir éviter les pièges d’un mélo larmoyant, le film peut paraître paradoxalement assez froid par moment. Sûrement à cause de la carapace dans laquelle se réfugie Ali qui tarde à casser la glace qui le sépare de nous. Cela s’avère en fait assez frustrant à pas mal de moment tant on aimerait que le film ne nous tienne pas trop à distance de ses personnage pourtant touchants, et surtout admirablement interprétés.

 

Depuis « La môme » on n’avait pas vu une Marion Cotillard si hallucinante et bouleversante, sublimée par des images d’une beauté rare, sûrement le plus abouti de son auteur. Un cinéma « du réel » mêlé à un sens esthétique de tout instant et des dialogues d’une justesse rare, comme-ci le cinéma des Dardenne rencontrait celui de Terrence Malick. Une vrai claque visuelle. Ajouté à ça une musique d’Alexandre Desplat additionnée à une BO efficace, et on se dit que ça fait du bien de voir que les français savent (parfois) bien emballer le produit.

 

Du cinéma fin mais violent, complexe mais précis, qui aurait peut-être mérité à s’ouvrir plus tôt à l’émotion, à l’image du quart d’heure de fin poignant. On en ressort groggy, submergé par un tas d’émotions contradictoires et difficilement traduisibles qui murissent à la mesure qu’on ressasse le film à la sortie du cinéma.

 

Le signe d’un grand film.


 

 

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Published by cineguitt - dans Avis
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