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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 01:58

19793374-r 640 600-b 1 D6D6D6-f jpg-q x-20110809 012401C'est indéniable. En France, quand un film fait un carton au box-office et s'offre en plus le luxe de faire la quasi unanimité (presse et spectateurs), arrive alors un courant inverse de détracteurs qui se forme sans raison sinon de "ne pas faire comme les autres".

 

Attention, je ne juge en rien les critiques des personnes qui ont vu le film et qui ont le droit de l'aimer ou non; mais je parle ici de ceux qui (souvent sans l'avoir vu) juge le film gratuitement, ou de manière oblique, sans jamais réellement juger le film en lui même, mais toujours le phénomène qui l'accompagne.

 

C'est pour cela que j'aimerais revenir sur "Intouchables" qui est touché depuis peu par une pseudo polémique apparue (minoritairement) en France et amplifiée par les US (suite à des articles de "Variety" et "New York Times" rien que ça) jugeant le film comme flirtant avec un certain racisme.

 

1ère réaction: étonnement. Ai-je vu le même film?

2ème réaction: OK avec la valise de critiques digérée, je vais revoir le film. Décodeur enclenché.

 

Et j'en suis sorti doublement énervé. Car non le film n'est pas raciste. C'est tout le contraire.


Malgré des clichés sur la banlieue (qui m'avait déjà fait émettre des réserves dans ma critique), il n'y a pour moi rien à redire sur "la morale" du film. N'oublions pas qu'en plus c'est adapté d'une histoire vraie. Fallait-il alors remplacer Philippe par un black et mettre un jeune blanc des cités à la place. Cela n'aurait rien change sinon que de tomber dans un dictat de la bonne pensée.

 

Reprenons la ligne directrice commune des attaques contre le film : "Driss c'est le black relayé au simplet ne connaissant et n'appréciant pas la musique classique, l'art moderne, et quand il s'y intéresse c'est pour l'argent".

 

Cette simple critique implique le fait qu'être "intelligent" c'est écouter la musique classique et aduler les oeuvres de Francis Bacon. Un peu simpliste comme vision. Non Driss aime "Earth, Wind & Fire" et les belles voitures. Et alors? Depuis quand le niveau de culture juge le niveau d'intelligence? Et depuis quand kiffer un bon son Funk est moins respectable que d'écouter la neuvième de Beethoven?

Au contraire le film pose justement la question des barrières sociales qui semblent régir de plus en plus notre société. Car les deux protagonistes, dès le départ, ne se comprennent pas. Et cette incompréhension est réciproque. Ils vont alors se découvrir. Driss apprend alors de Philippe autant que Philippe apprend de Driss. Le film lutte dans ce sens contre cette consanguinité sociale néfaste à notre ouverture sur les autres. C'est en se mélangeant que nous découvrons d'autres saveurs, d'autres musiques, d'autres horizons... En ça le film va à l'encontre des discours prônés depuis toujours par l'extrême droite.

 

Quand au fait que Driss va s'intéresser à l'art au moment où il y voit un intérêt financier, c'est encore une fois une méprise que de ne le juger que de ce point de vue.

Car oui, c'est un "handicapé social"; il n'a pas d'argent mais a la soif de vivre et de profiter.

Philippe lui est "handicapé physique"; il a la fortune mais n'a plus les moyens physiques (mais surtout le moral) pour pouvoir en jouir.

Chacun va essayer alors de profiter des nouvelles perspectives possibles pour s'en sortir. En quand on a pas un rond, savoir qu'on peut vendre une croûte 11.000 €, ça en fait voir des perspectives.

 

Encore une fois le film est critique envers chacun des personnages, égal à égal. Au "pas de bras, pas de chocolat", le film égalise avec un "on dirait Obama" quand Driss met un costard. Parce que le film ose rire de tout. Et dieu que ça fait du bien, car l'humour est d'une efficacité folle pour faire passer des messages. Le film est surtout critique envers notre société, qui se cloisonne et se communautarise peu à peu, comme un vieux système de caste qui nous cantonnerait à une case et au modèle qui va avec. Le message est parfois un peu maladroit et trop appuyé, mais on pardonne tout tant le reste est fait avec classe et jamais dans l'apitoiement.

 

Peut-être que les américains n'ont pas la compréhension nécessaire de notre société actuelle pour réellement comprendre les enjeux du film.

Ou peut-être que leur passé (très récent) sur le problème de racisme les brident encore à réfléchir sur tout ça en prenant du recul, comme culpabilisés par leur démons.

 

Une seule chose est sûre, "Intouchables" mérite son succès.

 

La critique de Variety pour ceux que ça intéresse:

http://www.variety.com/review/VE1117946269?refcatid=31

Et un exemple de "rageux":

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/211161;intouchables-pourquoi-je-deteste-ce-film-et-son-succes.html

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Published by cineguitt - dans Billets d'humeur
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commentaires

Alex 24/12/2011 12:17

Je ne comprend pas en quoi ce que vous décrivez est une "infériorisation" du personnage de Driss.
Les deux personnages n'ont pas les mêmes valeurs, il n'est pas question dans le film d'essayer de les hiérarchisés : la différence n'implique pas nécessairement un nivellement.
Driss découvre le luxe.
Philippe découvre le joint, le fun(k).
En quoi devrait-on dire "Driss en est réduit au jeune fumeur de joint ?"
Ils se font du bien mutuellement, s'apprennent un côté de la vie qu'ils n'avaient jamais abordé avant. Je trouve qu'ils sont sur un pied d'égalité très bien représenté, en dépit du fait que la vie
ne les ai pas placé du même côté du bras qui tient la cuillère en argent.

Rajiv 24/12/2011 10:36

Je sais pas si tu te souviens mais j'avais grosso merdo émis les même critiques que Variety au moment où tu avais posté ta critique. En l'occurence les états-Unis parlent de racisme, je parle
plutôt de discrimination anti-banlieue et on se rejoint un peu.
Par contre, excuse moi, mais l'argument c'est tiré d'une histoire vraie est juste minable. D'ailleurs, dans la vraie histoire, Driss n'est pas noir mais maghrébin. Ca les a pas empêché de prendre
Omar et pour le coup ça illustre bien la force de la fiction.
Pour finir, je trouve dommage que ce soit le plus gros succés de ses auteurs alors que Nos Jours Heureux et surtout Tellement Proche étaient "tellement" meilleurs justement.


Je reposte ici ma contribution sur un autre site newsring.fr pour ne pas le nommer.

J'ai lu avec intérêt la polémique autours de Variety. Remarquons déjà une certaine forme de paresse intellectuelle dans la presse française qui de facto accuse l'Amérique entière de ne pas aimer le
film alors qu'il ne s'agit que d'une seule critique, Bref, passons.

Je ne parlerais pas de racisme néanmoins, car le personnage de Driss aurait pu ici être blanc, noir ou d'origine arabe. Ce qui m'a énormément déplu en revanche, c'est cette dissymétrie entre les
deux personnages qui conduit à inférioriser Driss. En effet, on voit bien que Philippe est riche blanc, amateur d'art et poète MAIS il accepte une certaine forme d'insouciance, découvre les
plaisirs d'un ptit joint ou de Boogie Wonderland.

D'un autre côté, que découvre Driss?? Les salles de bain luxueuses, les jets privés, les bagnoles haut de gamme. Comme si le seul attrait d'un gosse de banlieue dans ce monde était le bling-bling.
En ce sens, ce film est aussi un peu le reflet de notre époque. Deux moments contrastent avec ce dernier point. Driss se met à peindre, on se dit alors que sans vouloir l'avouer il a peut être été
lui aussi touché par l'Art. Mais non, tout ceci est gâché par cette scène presque indécente où on le voit accepter 10k en espèces. Deuxième scène lors de l'entretien d'embauche. Ici la culture est
présentée comme une forme de domination vis à vis de l'autre et pas comme un plaisir.

Et au fond il est là le problème. Le jeune de banlieue, il sait danser, fumer des pétards, conduire des super bagnoles. Tout ce qu'il kiffe c'est la thune et le bling-bling. Il est incapable
d'apprécier la musique, l'Art ou la poésie. Driss, c'est le bon petit valet qui non seulement reste à sa place, mais choisit de le rester. Philippe au contraire, est capable d'apprécier le meilleur
des deux mondes...

cineguitt 24/12/2011 13:12



Je me souviens très bien de ta critique car c'est la première négative que j'ai pu lire!


On est déjà d'accord sur le fait que le film n'est pas raciste.


En revanche sur l'attrait de Driss pour l'argent, il est tout a fait légitime lorsqu'on sait d'où il vient; quand on n'a pas d'argent il est difficile de ne pas envier les aises que celui-ci peut
fournir. Encore une fois c'est une question de référentiel, et de la manière dont chacun envisage l'argent et l'art; tu dis qu'il "est incapable d'apprécier la musique, l'Art ou la poésie" mais
il apprécie SA musique et en ce qui concerne les autres domaines cela laisse à réfléchir sur les conditions de vie dans les cités dortoir ; donne-t-on réellement aujourd'hui les moyens à ses
personnes bloquées dans les cités des moyens d'accéder à des musées etc... au delà de la MJC du coin. C'est un constat malheureux mais pas du tout (je trouve) un critère qui défavorise Driss dans
le film.


D'ailleurs la "poésie" n'est utilisée dans le film comme un avantage de Philippe ; au contraire elle le bride car il se cache derrière ça pour ne pas se dévoiler. Driss lui est dans la
spontanéité, et celle-ci est nettement mis en avant comme qualité et non comme une tarre.



Alex 23/12/2011 12:41

Entièrement d'accord avec cette critique de critique. Je me suis posé la même question lorsque j'ai entendu ces rumeurs concernant le "racisme" supposé du film : a t-on vu le même film ?

J'irais même plus loin concernant les supposés clichés sur la banlieue : c'est un film, durée limitée, on montre l'essentiel. Étant donné que c'est basé sur une histoire vraie, je pense que les
acteurs originaux de l'histoire ont raconté ce qu'ils ont vécu et le contexte de leur vie à cette période en dehors de leur amitié naissante.

Du coup, il a fallu aller à l'essentiel, et ce que ça montre, c'est surtout la force de Driss, de gérer des problèmes familiaux et sociaux tout en restant magnifiquement compréhensif et amical avec
un tétraplégique. C'est l'inverse du racisme !

Le personnage de Driss en ressort grandi, il se joue avec un bel humour de son ignorance de la musique classique, il prend la défense de la fille de son ami, en dépit des paroles racistes qu'elle
lui adresse... Bref. Raciste ? Je trouve qu'au contraire Driss est le héros du film, et qu'il est très loin des clichés que certains ont prêté au film.

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